Roman : introduction

1er août 2011, Tours,

 

Fanny,

 

Si tu lis cette lettre c’est que j’aurai eu le courage de te l’envoyer, car cela fait quelques temps que j’hésite déjà… Des relations de couples, pour ne pas dire amoureuses, j’en ai eu beaucoup déjà, et le plus souvent des longues et stables. Si je me sentais bien, il n’y a jamais cet engouement. Ce feu d’artifice qui fait battre ton cœur et te rend fragile. Alors oui, j’ai quand même essayé de construire quelque chose. Je me disais que ça allait finir par arriver, que mon attachement n’était pas que de l’habitude et du soulagement de ne pas être seul… Mais finalement rien ne changeait vraiment et je finissais par me lasser de ces relations stériles, de ces relations que je ne voudrais jamais rendre plus sérieuses car ça ne pouvait pas marcher… Je me suis fait à l’idée que de toute façon l’amour était une légende, que je ne tomberai jamais amoureux et que toutes les personnes qui prétendaient l’être se voilaient la face. Je me suis même résigné à penser qu’un jour il faudrait que je me fixe avec quelqu’un avec qui je me sentais bien, peu importe qu’il puisse manquer cette petite étincelle.

 

Et puis je t’ai rencontrée toi. Toi et ton instabilité, toi si fragile derrière cette armure de force qui te rendait si sûre de toi. Toi qui as su m’atteindre au plus profond de mon être. Etait-ce ton sourire ? Ou bien ton regard ? Ta façon d’être ou de me faire rire ? Ta façon de gérer ta vie à mille à l’heure ? Je pourrais te citer 1000 raisons qui expliqueraient tout ça et pour être honnête, je crois qu’elles sont toutes valables, parce que ce ne sont pas quelques petites choses que j’aime chez toi, mais ce sont toutes ces petites choses qui te font toi .Ces détails que je suis seul à voir et qui me laissent penser que je suis chanceux de partager ta vie, qui me font sentir privilégié. Cela ne fait pas longtemps que nous sommes ensemble et j’ai pourtant l’impression de te connaître depuis toujours. Tout me paraît évident et simple.  Je sais que cela peut paraître ridicule mais je suis amoureux, déjà. Je me rends compte que ce n’est pas une question de temps et que l’amour existe vraiment. Sans doute ai-je été maladroit avec toi, mais il faut me comprendre, je n’avais jamais ressenti ça auparavant et ça a tout changé : d’un coup l’Amour est passé de chimère à réalité et je ne savais plus comment gérer la situation sans être trop envahissant, sans être trop pénible. Vu que tu m’as quitté, je crois pouvoir dire sans me tromper que je me suis bien raté et que j’ai tout gâché. Je suis bien conscient que ce n’est pas évident pour toi en sortant d’une relation aussi longue mais je ne peux pas croire que tu puisses changer de sentiments, quasiment du jour au lendemain. J’ai tellement de choses à t’offrir, tellement de choses à te montrer, j’ai rêvé de pleins de voyages, de sorties, de pleins de moments partagés tous les deux comme ceux que nous avons déjà vécu jusqu’à présent. Peut-être que tu doutes encore de ton choix, alors je te demande de bien réfléchir, de repenser à tous ces rires que nous avons partagés, à l’harmonie et l’entente de nos corps durant nos étreintes, à ce sentiment de plénitude qui nous prenait lorsque nous nous endormions dans les bras l’un de l’autre. Repense à tous ces mots que tu m’as dits et que tu pensais forcément au moment où ils sont sortis de ta bouche, cette bouche que je rêve d’embrasser à nouveau.

 

Tu m’as fait croire en l’Amour, tu m’as rendu le sourire d’enfant que j’avais perdu, ce sourire simple qui se régale des choses qu’il vit et qui profite à fond du moment présent et je ne peux pas croire que tu veuilles arrêter maintenant. Bien sûr que l’on ne peut pas être ce que l’autre attend totalement. Mais est-ce une raison pour tout arrêter sous prétexte que cela pourrait éventuellement devenir un problème plus tard ? Il faut des différences pour se compléter, pour ne pas se fondre totalement dans l’autre, pour qu’à deux nous formions un tout et non pas qu’un. Parce qu’au fond, je crois que c’est ça l’amour ; l’envie de vivre à deux tout en se nourrissant des différences de l’autre, sans vouloir le changer.

 

Tu as voulu recommencer le soir où je t’ai dit que je partais. J’aurais aimé pouvoir répondre à tes avances. Mais je n’arrivais pas à savoir si tu le faisais parce que tu croyais en nous ou si tu le faisais parce que je partais. C’est pour ça que je t’ai demandé, et tu n’as pas su me répondre… Crois-moi, j’ai trop souffert et je ne pouvais pas m’engager avec le risque d’ouvrir à nouveau des blessures que je n’ai pas encore guéries totalement. Tu m’aurais répondu, tu m’aurais dit que tu étais sûre de toi, je t’aurais suivi n’importe où parce que, quoi que tu puisses en penser ou croire, mes sentiments n’ont pas changé pour toi. Et après ces deux mois sans nouvelle de toi, je me rends compte que vivre sans toi est vraiment trop difficile. Il n’y a pas un moment où je ne pense pas à toi, pas un endroit que je visite sans me dire que j’aurais aimé y être avec toi. Alors oui, s’il n’y a qu’une seule chose dont je rêve c’est de t’entendre dire que tu t’es trompée et que tu veux construire quelque chose avec moi…

 

Si jamais tu penses que tu es prête, ou que ton baiser d’il y a deux mois ne voulait pas rien dire, si jamais tu as réfléchi à nous durant ces deux mois de silence et que tu sais ce que tu veux, je prends le TGV à Paris-Montparnasse ce dimanche à 20h30.

 

Je t’aime.

 

Il replia la lettre après l’avoir lue une fois de plus. Il la rangea précieusement dans son portefeuille. Cela faisait maintenant 5 ans qu’il avait écrit cette lettre et qu’il n’avait pas eu le courage de la poster. Encore aujourd’hui il s’en mordait les doigts.

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