Mélancolie d'une absence

Ca fait un moment que je ne suis pas venu te rendre visite et je m'en excuse mais tu le sais bien toi que les cimetières je n'ai jamais aimé ça. C'est un peu comme les hôpitaux, ça a tendance à me rendre malade et mal à l'aise. Je n'arrive pas à dissocier ces lieux de la mort, et la mort ça me fait peur depuis que tu es partie.

 

J'étais trop jeune quand c'est arrivé, tu étais bien trop jeune, toi ; je n'ai pas eu le temps de te dire au revoir, ou de m'y préparer à la mort. je ne savais même pas encore ce que c'était vraiment la mort, que tu étais déjà partie et c'est toi qui me l'a appris. Pour moi la mort avant toi, c'était comme quand je jouais avec mes Légos : tu t'allonges, tu ne fais plus partie du jeu pendant un moment, et puis après un certain temps tu reviens... Mais en fait je me suis bien trompé, ça n'a rien à voir avec les Légos et c'est malheureusement avec toi que je l'ai découvert. La mort ce n'est pas une étape comme le sommeil, c'est une disparition, un point final à une histoire pour laquelle on sait qu'il n'y aura pas de suite possible.

 

Et toi t'es partie bien trop tôt. On serait dans un film j'aurais pu lancer une phrase classe du genre : "Pourquoi ce sont les meilleurs qui partent toujours trop tôt", mais en vérité tu n'as même pas eu la chance d'être meilleure parce que pour ça il aurait fallu qu'on te laisse le temps de vivre... Je pourrais crier à l'injustice, me plaindre qu'il y a un tas de gens pourris qui ont la chance de vivre longtemps mais à quoi bon ? Ca ne changerait rien à l'état actuel des choses : toi qui est là, sous terre, pendant que ces pourris accumulent pouvoir et richesses au détriment des autres. Et puis si je criais maintenant, y'aurait-il seulement quelqu'un pour prêter attention à ce que je dis ? Dieu ? Sûrement oui... Encore faudrait-il qu'il existe celui-là et si c'est le cas, j'aimerais bien qu'il m'explique deux-trois petites choses, à commencer par : "Pourquoi toi ?".

 

De toute façon je n'y ai jamais vraiment cru en Dieu, ou à toute autre forme de religion d'ailleurs... J'ai beaucoup de mal avec le principe de vénérer quelqu'un d'autre, et encore plus quand on a aucune preuve fiable de son existence. Parfois j'aurais envie d'y croire juste pour toi, juste pour me dire que tu es morte ici mais que tu profites quand même de la vie quelque part ailleurs, que ce soit au paradis ou sous la forme d'une réincarnation. C'est un peu comme quand je te parle, j'ai envie de croire que là où tu es tu gardes un oeil sur nous et que tu m'entends, que tu es l'une de ces petites étoiles dans le ciel qui brille pour me guider et me renforcer quand j'ai coup de mou. Le pire c'est que la plupart du temps ça marche, à se demander si ça ne pouvait pas être vrai tout ça.

 

Il y a des moments où j'ai envie de te montrer que je suis fort et que tout va bien surtout que je ne devrais pas me plaindre par rapport à toi parce que moi j'ai eu la chance que tu n'as jamais eu : avoir l'occasion de vivre ma vie. Mais en réalité je ne suis pas fort du tout, je suis un mur plein de failles qui n'a de cesse de se craqueler avec tous les événements qui me touchent et me blessent. Et ça m'agace parce que je sais qu'au fond je n'ai pas le droit de me plaindre ; il y a plein de choses qui vont tellement bien alors explique moi pourquoi je me focalise toujours sur ce qui ne va pas ? Pourquoi je me sens si vide et triste au fond de moi ? Pourquoi j'ai l'impression qu'il me manque ce petit quelque chose qui ferait toute la diférence ? Je sais c'est la nullité absolue de te demander ça à toi... mais j'ai tellement de mal à m'ouvrir aux autres et à parler de moi, j'ai bien trop peur d'en souffrir ; je n'arrive pas à avoir cette insouciance et cette confiance qui me permet d'être soi sans la peur du jugement des autres.

 

Je crois que mon insouciance je l'ai perdue le jour où tu es partie. J'étais encore un enfant qui voyait le monde en grand et j'ai soudain été confronté à la mort, à la dure réalité de la vie adulte moi qui n'y était pas préparé. C'est ce jour-là que mon mur a fait son apparition, parce que tu sais voir sa famille proche craquer c'est quelque chose de difficile. Depuis ce jour mon mur n'a eu de cesse de grandir avec moi ; il était mon mécanisme de protection contre la réalité des choses et contre les blessures trop profondes, mais ce que je ne me rendais pas compte c'est qu'il n'empêchait pas les blessures de rentrer mais de sortir et s'exprimer à l'extérieur. J'ai appris à tout garder pour moi quitte à m'en rendre malade et la seule véritable confidente que j'ai toujours eu près de moi c'est toi. Même sans venir te voir, je t'ai toujours gardé avec moi, dans un coin de mon coeur ; combien de fois t'ai-je parlé, une fois installé dans mon lit ? Je ne pourrais le dire tant il y en a eu... Combien de choses ai-je faite en me disant que c'était pour toi ? Pour que tu sois fière de moi ?

 

J'aimerais tellement avoir la chance de revoir ton sourie et ton visage ailleurs que dans ma tête ou sur des photographies, j'aimerais pouvoir te reprendre sur mes genoux et t'entendre rire avec ce regard malicieux ; j'aimerais que tu sois-là, à côté de moi et non pas dans mon esprit pour pouvoir dialoguer pour de "vrai". Souvent je me dis que c'est pas juste, que tu n'aurais jamais dû être là, dans ce cimetière, que ça ne devrait pas arriver des choses aussi cruelles que ça. Ca me rend malade les cimetières en plus parce qu'on garde en mémoire des moments douloureux et on se fait mal à chaque fois qu'on y va. Pourquoi j'ai l'impression de revivre ta disparition à chaque fois que je viens ? Quelque part, n'importe où ailleurs mais pas ici, c'est tellement difficile ici, de voir cet emplacement qui représente tout ce qui reste "physiquement" de toi. Ce n'est pas ce que je veux garder en mémoire moi, c'est peut-être pour ça que les cimetières me rendent malade ?  Je voudrais tellement que tu puisses répondre à toutes mes questions...

Commenter cet article