La panne

Il n'est pas question d'amour, ni de tentative de rapprochement de deux corps sexués ici. Il n'est pas question d'ennui mécanique qui conduirait à emmener son véhicule chez le garagiste...

 

Non, il est question d'esprit et d'envie, de lutte intérieure pour reprendre la direction de sa vie et se sentir enfin soi-même.

 

Il avait essayé ausi fort qu'il le pouvait de changer, d'être quelqu'un d'autre, de s'adapter à chaque personne ou groupe qu'il fréquentait mais il se mentait. Pour continuer à être lui et ne pas se perdre dans les méandres d'un être dont il ne reconnaissait plus rien de lui, il écrivait. Chaque soir, il rédigait une retrospection sur son lui intérieur, sur son moi profond qu'il tentait de garder enfermer sous ces façades interchangeable qu'il enfilait à la volée. Il parlait de tout ce qui le gênait, de ce qu'il aimerait vraiment, de la façon dont il souhaiterait être vu. Mais petit à petit, l'enfilade des carapaces rendit son armure si resistante que son moi ne parvint plus à sortir... Et ce fut la panne.

 

Plus un mot ne put sortir de sa plume et pourtant, il restait des heures assis à son bureau, le stylo à la main, contemplant cette page qui restait désespérément vide et qui le narguait de son éclatante blancheur. Tout ce qui lui venait à l'esprit n'était que des redits de ce que son moi lui avait déjà soufflé et qu'il avait déjà exploité. Il ne pouvait pas refaire la même chose sous prétexte qu'il n'avait plus d'inspiration.

 

A force de se mélanger, de se camoufler, de vivre sous couverture, il avait fini par en oublier qui il était. Il s'était perdu, et c'est cette personne, avec ce qu'elle avait ou ce qu'elle manquait, avec ses faiblesses mais aussi ses forces, qui faisiat de lui cet écrivain capable de trouver la mélodie et l'harmonie dans la suite des mots qu'il inscrivait sur des pages et des pages sans en perdre le fil, tel un virtuose jouant un concerto à la perfection. Dans sa tête, l'équilibre provenant de cette mélodie des mots le maintenait dans cet état de lui qu'il ne retrouvait que dans ces moments-là. Ces moments pour lui, où il était lui sans aucune honte ni gêne, ni regret de ne pas être comme eux. Il mettait en lumière son monde, ce monde imaginaire qu'il faisait vivre dans son esprit et qu'il souhaitait par dessus tout faire découvrir aux autres sans qu'ils ne le trouvent étrange.

 

Mais à force de se retenir, à force de se cacher, il avait fini par oublier qui il était vraiment, il prit sa tête entre ses mains. La page qui riait toujours de sa blancheur éclatante se mit à s'assombrir par les lentes larmes qui lui tombaient dessus...

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