L'étranger

Il connaît tout le monde mais ne bouge pas, il reste dans son coin ne sachant comment se fondre dans la masse et se mêler aux autres. Alors, par défaut, il se fond au décor et devient un caméléon, un meuble parmi tous les autres que les autres ne remarquent même pas.

 

Il a pourtant des choses intéressantes à raconter si seulement ils prenaient la peine de l'accompagner et de l'aider à prendre de l'assurance. Mais rien, ils sont tous en groupe, s'amusant, riant aux éclats, jouant à qui parlera le plus fort, oubliant sa présence... Il en vient à penser qu'il est inutile, que s'il partait de la soirée sur le champs, il ne manquerait à personne et personne ne remarquerait son départ. il est encore plus transparent que l'homme invisible. Même les verres d'alccol qu'il prend depuis tout à l'heure pour pallier à sa solitude ne l'aident pas à se lâcher, au contraire, l'alcool le rend encore plus triste de cette situation qu'il vit très mal mais qui ne change pas.

 

Il n'est pas de ce monde, mais est-il seulement capable de s'adapter à un seul monde ? Il en vient à douter de sa personne, à douter de ses compétences, même celles qui n'ont rien à voir avec la vie en groupe en soirée. Il rêverait de s'amuser, mais à chaque fois c'est pareil dès qu'il y a beaucoup de monde il s'écrase.

 

Il a envie de partir, se cacher dans un coin et pleurer toutes les larmes de son corps, évacuer toute cette frustration engendrée par ce sentiment de nullité qu'il possède en lui. Il se compare à eux, qui savent si bien s'adapter, qui n'ont aucun problème pour s'amuser, qui savent se rendre intéressants aux yeux des autres et se faire ecouter. Qu'est ce qui ne va pas chez lui ? Qu'est-ce qui lui manque pour devenir "quelqu'un" aux yeux des autres ? Il a envie de partir...

 

Mais il reste, parce que même dans sa solitude, il garde l'espoir caché que quelqu'un le remarquera et viendra le voir ; en attendant il boit, encore et encore, tandis que personne ne vient. D'ailleurs, est-ce que quelqu'un sait qu'il est là ? Qu'il est venu à cette soirée ? Actuellement, il y a peu de chances que quelqu'un s'en souvienne et ça il le ressent très bien. Il n'ose pas s'incruster dans un groupe bien qu'il en meurt d'envie ; mais à quoi bon s'intégrer si ce n'est pour rien dire et les suivre comme un bon petit chien.

 

Oui, voilà ce qu'il est le bon petit chien qu'ils viennent chercher quand ils ont besoin ou envie de jouer, mais qu'ils oublient dès qu'ils ont quelque chose à faire. Cette fois, il n'en peut plus et les larmes commencent à couler, il se précipite dehors dans la rue, tentant de reprendre ses esprits, mais il a mal.

 

Mal d'être aussi mal dans sa peau, de voir à quel point il ne compte pas pour ces personnes avec qui il partage cette soirée. Mal de savoir que la plupart de ces personnes sont des amis proches, qui se confient à lui quand ils sont seuls, mal de voir qu'il est un étranger au milieu de ses amis.

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