Je suis moi

Il n'est pas toujours évident d'être soi et de l'assumer dans sa totalité, quoi qu'on fasse de garder sa ligne directrice même dans les moments difficiles et autres coups durs. Je n'ai jamais été très fort à ce jeu-là, aussi loin que remontent mes souvenirs...

 

Je suis né une nuit d'automne 1981 dans une famille que l'on pourait qualifier d'heureuse et soudée. Etant l'ainé, je n'ai jamais eu de modèle sur lequel j'aurais pu m'appuyer et me façonner. J'ai donc dû me fabriquer tout seul et c'est peut-être de là que viennent une partie de mes failles. Je me dis aujourd'hui, avec le recul, que le rôle d'ainé est un peu ingrat dans le fait que les parents découvrent la paternité, qu'ils vous couvent beaucoup, sans doute trop au début. Quelque part, vous essuyez tous les plâtres pour vos petits frères et/ou petites soeurs, et puis il y a cette histoire de modèle. J'ai toujours rêvé d'avoir un grand frère ou une grande soeur comme certains de mes camarades, un ainé qui serait toujours là pour me rassurer et me protéger, quelqu'un à qui je voudrais ressembler, un peu comme les idoles de sports que l'on a un peu plus tard dans la vie.

 

Je me suis donc construit tout seul, mes parents ne m'ont pas vraiment aidé ; non pas qu'ils n'ont pas rempli leur rôle, bien au contraire, car je pense que l'on peut considérer, sans être trop présomptueux, que je suis quelqu'un qui a  réussi les études qu'il a entreprises, qui a un travail qui lui convient qui a une éducation plutôt élevée. Tout ceci est dû à mes parents, il ne faut pas le nier, ce sont eux qui m'ont inculqué le goût de la réussite et les valeurs qui me définissent aujourd'hui.

 

Cependant, il m'a manqué cette foi qu'ils n'ont jamais su me transmettre, cet amour inconditionnel qui va bien au delà de l'amour parental (dont je n'ai pas manqué) et qui vous permet de croire que vous êtes capable de tout réussir quoi que vous entrepreniez, d'avoir une confiance en vous quasiment inébranlable. Mes parents ont toujours plutôt été porté dans la retenue et la réserve quand tout allait bien. Pour eux, il était utile de faire des remarques seulement quand les choses n'allaient pas. Si bien que j'ai très vite développé un complexe de médiocrité, et que pour me défendre j'ai introduit un mécanisme de comparaison aux autres qui m'aura protégé pendant longtemps.

 

Les comparaisons ont commencé avec les premières notes sérieuses, c'est à dire au collège, j'essayais de justifier mes notes médiocres par une moyenne de classe inférieure, ou des meilleures notes assez proches de la mienne. Quand est venu le temps des petites copines, je me suis comparé aux autres garçons pour essayer de comprendre ce qu'il me manquait. Dans mon esprit, de toute façon je n'avais rien pour moi et je pense qu'inconsciemment cela ressortait sur mon attitude générale qui avait une tendance très nette vers le défaitisme. J'ai fini par faire des comparaisons sur tout : mon travail, mon salaire, mon poste, mes copines, mes amis, mon physique, mon humour, mon visage, mon sourire, etc. C'est très vite devenu invivable pour moi, et pour les personnes qui ont successivement partagées ma vie plus ou moins furtivement. Ces comparaisons avaient au départ un rôle de défense mais avec l'âge adulte elles sont devenues les clés de voute de mon acharnement à me rabaisser et à me voir plus minable que je suis. La confiance, en moi tout du moins, est devenue une chimère, et je crois même pouvoir dire que j'en ai perdu la définition quelque part dans un coin de mon être.

 

Et puis, il y a parfois des déclics qui font que tu te réveilles d'une longue léthargie. En te rendant compte soudain compte que tu as gâché une bonne partie de ta vie avec cette attitude négative.  Mon déclic ? Il a eu lieu avec une fille que je ne pensais jamais avoir, et qui a finalement fait un bout de chemin avec moi. Elle n'a pourtant rien fait de particulier, rien de plus que les autres, mais c'était son rôle. Vous allez sans doute dire que cela n'a aucun sens, mais je crois que chaque rencontre, chaque événement n'est pas que le pur fruit du hasard, et qu'en prenant la peine de s'y intéresser on se rend compte que tout a un rôle et un but qui nous permet d'évoluer et avancer. Le déclic a été cette séparation pour le moins douloureuse qui m'a obligé à me relever et me remettre en question une fois de plus. Vous allez me dire qu'à plus de 30 ans il est peut-être temps de grandir, mais chacun est comme il naît et je crois qu'au fond de moi je suis toujours resté un grand enfant avec ses blessures ouvertes au monde.

 

Je me suis donc repris en main et j'ai décidé d'être moi. Moi sans comparaison, car il est stupide de se comparer à quelqu'un d'autre... Nous sommes tous différents, et c'est cette différence qui fait notre force et notre unicité, cette différence qui fait notre intérêt et façonne notre personnalité. Nos différences sont issues de critères tels que notre éucation, nos parents, notre famille dans sa globalité, notre réussite dans ce que nous entreprenons, notre vision des choses, notre regard sur nous-même et sur l'importance que nous donnons aux choses.

 

J'ai donc changé ma vision des choses, j'ai ouvert les yeux et modifié ma conception du monde et de la vie. J'ai réappris progressivement à voir et à regarder les choses d'un oeil nouveau, comme un enfant. Mais je n'ai pas changé ma personnalité ni mon être profond, je suis ce que je suis avec mes blessures et mes fêlures. Je garde ma ligne de conduite, celle que j'ai adoptée inconsciemment au cours de mon enfance. Il n'y a pas de chemin miracle, de mieux ou de moins bien. Il n' a pas de tracé unique et de toute façon, il n'y a pas qu'un seul gagnant à la fin. Je veux simplement être conforme à ma vision des choses et pourvoir regarder derrière moi en êtant fier de ce que j'ai acompli et de ce que j'ai vévu.

 

Je veux pouvoir me reconnaître dans mon passé sans avoir à oublier certains passages, je veux pouvoir me regarder dans une glace en me disant : "Je suis moi".

Commenter cet article