Chapitre 1 : le début de la fin

Un mardi soir, on ne peut plus classique avec tout ce qu’il comportait d’agréable puisque dans mon collège nous pratiquions la semaine de quatre jours et par conséquent le mercredi était un jour de repos. J’en profitais donc pour jouer dans ma chambre au lieu de m’atteler à mes exercices quotidiens. Ma caisse de Légos renversée sur le parquet, je construisais une aventure épique pour un guerrier légendaire venu sauver le monde. Comme tout fan de club Dorothée qui se respectait, mon héros était déjà mort de nombreuses fois pour ressusciter après moult événements, un peu à la manière de Sangoku ou les Chevaliers du Zodiaque. Ce soir là, il tentait de sauver sa dulcinée mais il tomba dans un guet-apens mené par son plus sérieux ennemi. Le héros venait de tomber au sol, transpercé en plein cœur par la lame du méchant, quand maman m’appela du bas de l’escalier.

- Arnaud, tu peux descendre s’il te plaît ?

Sa voix était presque cassée, je me demandais bien pourquoi. Je regardai mon réveil, 20h32, ce n’était pourtant pas l’heure de se coucher, alors pourquoi me demandait-elle de descendre ?

- J’arrive maman, lui répondis-je

Je descendis les escaliers rapidement, et me dirigeai vers la cuisine, là où mes parents m’attendaient avec une mine triste. Je pressentais la mauvaise nouvelle, mais je ne voyais pas quelle bêtise j’avais pu faire pour mériter une telle expression sur les visages ; et puis en y réfléchissant bien, il n’y avait pas de colère dans leurs yeux ni dans leur attitude. Je m’assis face à eux, prêt à me faire disputer.

-  Ecoute mon chéri, il va falloir que tu sois fort, me dit maman tout en se mettant à sangloter.

C’était la première fois que je voyais maman pleurer, et je dois dire que ça me faisait très peur. Si papa ne l’avait pas prise par les épaules pour la soutenir, j’aurais cru qu’ils voulaient divorcer. Maman respira un grand coup et reprit la parole :

-  Les parents d’Amandine ont appelé, elle a été admise à l’hôpital, elle s’est fait renverser par une voiture en sortant du cinéma. Elle est dans le coma et pour le moment on n’en sait pas plus.

Maman se remit à pleurer de plus belle et papa la prit dans ses bras. Moi, je n’avais pas bougé, je ne voulais pas comprendre les mots qu’elle venait de prononcer et pourtant ils se propageaient dans tout mon être comme une maladie sournoise, prenant peu à peu le contrôle de mon corps. Quand ils s’emparèrent de mon cerveau, je compris la portée de ce qu’elle venait de dire et soudain une partie de mon monde s’écroula. Je ne réussis pas à verser une seule larme, et pourtant, dieu sait que je l’aimais Amandine, mais c’était trop irréaliste pour moi, je crois que mon cerveau refusait d’accepter cette réalité. Soudain, je me levai de ma chaise, et me précipitai vers l’escalier, puis ma chambre, j’eu à peine le temps d’entendre ma maman me rappeler et mon père lui conseiller de me laisser un moment. En entrant dans ma chambre, je me jetai sur le lit, j’éprouvais des sentiments contradictoires : la colère d’abord de ne pas avoir été capable de pleurer et de montrer que j’étais triste, la haine envers cet inconnu qui avait renversé mon Amandine, la tristesse que sa vie soit en danger, la peur de la perdre définitivement, et paradoxalement, l’espoir qu’elle puisse guérir, comme mon héros Légo qui se relevait toujours quelle que soit l’importance de sa blessure. Et je crois qu’inconsciemment je me raccrochais à notre promesse. Alors oui, j’étais mort de peur, mais il restait encore une part enfantine dans mon cœur qui me laissait croire à un miracle.

Nous étions le mardi 28 janvier 1980 et c’est ce jour là que mon monde commença à s’écrouler.

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